Archive(s) de la catégorie ‘Perspective’
Bibliothèques et fantaisies
« La vie est faite de fantaisie, mais la plupart des bibliothèques n’en ont pas ! » Eppo Van Nispen Tot Sevenaer, directeur du DOK de Delft a d’entrée de présentation annoncé la couleur.
Avec l’IDEA Stores de Londres ces 2 bibliothèques publiques sont classées parmi les plus innovantes du monde. La « vision » de leur directeur a épaté plus d’un professionnel lors de la journée d’étude organisée le 25 septembre par le Département Information documentaire de la HEG de Genève.
Ne mélangeons pas les genres, en terme d’image, une bibliothèque Universitaire de médecine ne peut se comparer avec une bibliothèque de lecture Publique. Les nouvelles applications web2 ainsi que les autres services offerts aux usagers contribuent certainement à la bonne image de la bibliothèque, je m’interroge quand même sur l’utilisation de certains espaces sur mon lieu de travail et surtout quelles images ils renvoient aux usagers en terme de valeur ajoutée et de proximité.
2 exemples d’espaces « à repenser »
- Le desk d’accueil avec ses « murs » en plexiglas, ressentis, aussi bien par le personnel que par les usagers comme un « Aquarium » L’argument antibruit tient-il encore, face à l’impression de barrière entre le lecteur et nous ?
- Les murs de la bibliothèque, espaces inertes qui pourraient participer de la vie culturelle du CHUV, qui possède d’ailleurs son propre service culturel. Un espace « dynamique » pourrait être attribué, occasionnellement, aux expositions artistiques, pourquoi pas ?
Nous devrions mieux communiquer, proposer de nouvelles collaborations avec des services comme celui de la communication, être plus visible, plus présent dans la dynamique de l’institution. Des détails…. Peut-être. Je pense qu’ils ont leur importance.
A défaut d’être follement innovant, on pourrait remplacer notre assourdissante alarme antivols par un air de Vivaldi par exemple ! restons raisonnables, essayons déjà d’être juste un peu plus fantaisiste.
Chantal
Une vague au bord du lac
Les passionnés d’architecture de bibliothèques – et accessoirement amateurs de petits fours – se sont retrouvés ce samedi 4 octobre dans un auditoire de l’EPFL pour assister à la présentation du Learning Center dont l’ossature est désormais posée le long de la route cantonale.
David Aymonin, directeur de l’information scientifique à l’EPFL, assisté de son adjointe Madame Mirjana Rittmeyer, a présenté les ingrédients entrant dans la composition d’un learning center : un terrain de foot au carré, une tranche d’emmenthal, une pincée de RFID et des milliers d’étudiants (entrepreneurs de leur savoir avant de devenir entrepreneurs tout court). Ce cocktail a également pour nom de code 22.02.10.
Quelque soit la forme du lieu retenue (lignes courbes dans ce cas, pendant que d’autres architectes choisissent des droites rigides et les angles aigus), les prouesses techniques mises en oeuvre (la qualité du béton a suscité l’admiration lors de la visite du chantier), la finalité d’un projet de ce type est d’offrir aux étudiants un port d’attache pour étudier, un lieu de travail certes mais aussi de socialisation.Une ouverture 20h/24h est envisagée, mais les professionnels ne seront pas plus nombreux qu’actuellement pour faire vivre ce nouvel espace. Des étudiants seront appelés en renfort pour assurer les permanences.
Les échanges lors de la présentation et de la visite du chantier ont porté sur les évolutions pour les bibliothèques universitaires à une époque où Internet modifie la façon d’apprendre, mais où il faut gérer tout l’héritage de l’imprimé. A l’ère de l’électronique Les bibliothèques doivent encore s’occuper de l’imprimé. Il faut laisser des documents accessibles pourvu qu’ils n’occupent pas trop de place. Le juste équilibre est difficile à trouver (surtout lorsque les planchers ne sont pas plats !) et les allers retours entre matérialisation et dématérialisation de la documentation sont constants.Les échanges lors de la présentation et de la visite du chantier ont porté sur les évolutions pour les bibliothèques universitaires Deux rapports ont été évoqués lors de cette journée et valent la peine d’être parcourus : Information behaviour of the researcher of the future, rédigé par University College London pour le compte de la British Library et du JISC et Planning & Designing Technology Rich Learning Spaces.
Patients, chercheurs, bibliothécaires, journalistes, tous happés par le Web 2.0
En cette fin octobre, relevons deux publications sur le Web 2.0. Tout d’abord l’article très concis, mais très profond, de Bertrand Kiefer dans le no 129 de la Revue Médicale Suisse (17 octobre) intitulé »La médecine happée par le Web 2.0 » commente des informations parues dans Le Monde et le New York Times concernant les investissements gigantesques faits par Google (projet Google Health) et Microsoft (projet Health Vault) dans le but d’héberger les dossiers médicaux et de gérer l’information qui gravite autour des patients !
De son côté la revue Courrier International (accessible sur le site UNIL/CHUV dans la base de données Europresse) a sorti un supplément spécial Web 2.0, Révolution 2-0 : comment le web va (encore) changer la vie. La lecture du sommaire laisse entrevoir des thèmes bien intéressants et variés, avec notamment un sujet sur « Les intermédiaires en voie de disparition ». Bien évidemment, comme les bibliothécaires sont des intermédiaires, c’est à regarder de plus près. Les journalistes de Courrier International semblent avoir suffisamment confiance en eux pour encourager les lecteurs à devenir de vrais partenaires en créant leur blog sur le site de courrierinternational.com afin de devenir des « citoyens journalistes ».
Pourtant, comme l’évoque Bertrand Kiefer dans son article, cette information googélisée, microsoftisée, bloguélisée, va-t-elle nous conduire à plus de lucidité et de liberté, ou plus d’asservissement ?
Références :
Google and Microsoft Look to Change Health Care, Steve Lohr
New York Times | August 14, 2007
Microsoft Offers System to Track Health Records, Steve Lohr
New York Times | October 5, 2007
MEDLINE fête ses 35 ans
Joyeux anniversaire pour MEDLINE!!! Après les 25 ans du PC d’IBM et de la souris Logitech, les 15 ans du web et les 8 ans de Google (qui ne sait toujours pas compter!), c’est le tour de la NLM de fêter les 35 ans de MEDLINE en ce mois d’octobre et c’est l’occasion pour nous de faire un petit tour rétrospectif sur cette base de données qui a révolutionné le monde de l’information médicale (et de l’information tout cour), avant et après internet (pour une fois qu’un produit fait par une bibliothèque est dans la cour des grands!).
Pour commencer, un petit rappel historique sur l’origine de cette base, née en 1971 mais en gestation depuis bien avant (traduction et adaptation des extraits d’un message écrit par Karyn Popham à la liste de diffusion de « Reference Manager » le 17.08.04 et de la page historique de la NLM) :
- 1879 : démarrage de l’Index Medicus (au début une simple liste des volumes de la bibliothèque du « Surgeon-General’s Office » dont le catalogue a été numérisé et est disponnible en ligne depuis 2004 sur http://indexcat.nlm.nih.gov/)
- 1922 : la bibliothèque du Surgeon’s-Genral’s Office devient la bibliothèque médicale de l’armée américaine (Army Medical Library)
- 1956 : la Army Medical Library devient une institution du service de santé publique et est rénomée « National Library of Medecine« (NLM). Les volumes de l’Index Medicus commencent alors à être écrits à l’ordinateur (à cette époque ils ont eu la bonne intuition de penser que si les documents étaient écrits à l’ordinateur ils pourraient devenir une base de données et donc ils seraient recherchables électroniquement)
- 1964 : cette intuition « visionnaire » devient réalité, la NLM lance MEDLARS, « Medical Literature Analysis and Retrieval System ». Pendant quelques années on pouvait envoyer une recherche par courrier et recevoir ensuite par la poste la réponse de l’ordinateur imprimée. Magique!
- 1971 : la NLM annonce le lancement du service MEDLARS On-line, en test depuis 1970, dans le « NLM technical bulletin« , no 30 p. 5, 1971 (attention gros fichier pdf de 206 pages, cette nouvelle se trouve dans la page 29 du fichier pdf), et appelé… MEDLINE !!! Les recherches pouvaient alors se faire par modem directement, à partir d’un teletype dédié (système « AIM-TWX » pour « Abridged Index Medicus via the Teletypewriter Exchange Network » développé par la NLM) et qu’on pouvait louer par 65$ par mois, sur l’ensemble des données fusionnés à partir de 1966 et qui avaient même des « abstracts« !.
Depuis 1971 beaucoup des choses ont changé, pour preuve, ce petit aperçu avec quelques chiffres données par la NLM sur l’évolution de la base depuis sa naissance en 1971 à aujourd’hui (traduction maison) :
|
1971 |
2006* |
| 236 périodiques indexés (en une année ils vont passer à 1,222) | 4′928 périodiques indexés |
| 147′000 références dans MEDLARS depuis le 1er janvier 1969 (en une année d’activité elles vont aussi grimper, jusqu’à 490,000 en septembre 1972) | 606′000 références indexées en cette année; 13′476′222 de références au total. |
| 22 utilisateurs | 77 millions de visites uniques dans PubMed© |
| 70′000 recherches par année (en juin 1972) | 754 millions de recherches dans PubMed |
| Tourne sur un IBM 360/50 | PubMed/MEDLINE tourne sur 20 serveurs Dell PowerEdge 1850, 2 CPU 8Gb RAM, avec Linux comme système opératif (mode 64 bit) |
| Disponible déjà via une connexion par modem! | Disponible via le World Wide Web |
*(statistiques obtenues dans la période octobre 2004-septembre 2005)
Entre ce deux dates il y a eu aussi quelques moments importants :
- Années 80-90 : distributions de MEDLINE par des tiers comme OVID, d’abord distributions par CD-ROM et ensuite par telnet (voir aussi le billet sur l’histoire de l’accès à MEDLINE et les autres bases de données à l’UNIL)
- 1986 : Lancement du logiciel « Grateful Med » pour PC, pour un accès convivial et graphique à MEDLARS
- 1997 : le 26 juin, l’administration de Bill Clinton annonce que MEDLINE sera accessible publiquement et gratuitement sur le WWW. C’est le début de PubMed, « Public access to the Medical Literature Analysis and Retrieval System On-Line ». PubMed n’est pas MEDLINE, elle est l’interface publique de consultation de MEDLINE mais aussi de toute une serie des références non indéxées et des bases de données parallèles comme OLDMEDLINE.
- 2004 : La NLM décide d’arrêter la publication de l’Index Medicus en format papier. En juin 2004, la saisie manuelle des références est aussi arrêtée. L’introduction des références par numérisation puis OCR et surtout à partir des fichiers XML fournis par les éditeurs, remplacent la saisie au clavier (en 1999 le nombre de références ajoutées manuellement était de 198′000, par OCR 151′000 et par XML directement de l’éditeur, 104′000. En 2005 ces chiffres sont passés à 0 saisies manuellement, 152′000 par OCR et 487′000 par XML)
Pour situer cette évolution en 35 ans, voici aussi quelques faits marquants de l’actualité dans ce deux années (j’ai repris et corrigé une partie des informations données par la NLM et ajouté d’autres qui m’ont semblé plus intéressantes)
|
1971 |
2006 |
| La sonde « Mariner 9 » de la NASA entre en orbite sur Mars | La sonde « Mars Reconnaissance Orbiter » entre en orbite sur Mars |
| Prix Nobel de médicine attribué à l’américain Earl W. Sutherland, pour ses découvertes concernant les mécanismes d’action des hormones. » | Prix Nobel de médicine attribué à deux américains, Andrew Z. Fire et Craig C. Mello, pour leurs travaux portant sur l’ARN (acide ribonucléique), et leur découverte d’un mécanisme, appelé « interférence ARN » (voir aussi le billet précedant sur ce prix) |
| En novembre, Intel fait publique la création du premier microproceseur à un seul chip | Appel lance son premier Mac à processeur Intel (dual core donc un seul chip à deux processeurs) |
| Michael Hart, lance le projet Gutenberg, premier producteur d’e-books de l’histoire | Google permet le téléchargement en format pdf des milliers de livres tombés dans le domaine public dans son projet « Google Book Search« . De son coté, Sony lance son lecteur à encre électronique et sa propre plateforme de téléchargement des livres électroniques |
Cette annonce tombe aussi peu après qu’une bibliothécaire médicale ait fait un autre tableau comparatif sur ce qui a change dans sa pratique en 30 ans :
30 Years of Information and Educational Change : How should our practice respond?
(Là je fatigue alors si quelqu’un se propose pour faire la traduction / interprétation du tableau, les commentaires sont ouverts!)
Fermture de la connexion à OVID par VT100
Ce n’est pas par hassard que j’ai voulu consacrer le premier vrai billet du nouveau blog, au sujet de l’annonce qui a fait OVID sur la fermeture de la connexion VT100 (serveurs Unix accessibles par une conexion de type Telnet) à ses bases de données le 15 juin prochain.
Cet annonce a été fait uniquement par voie de mail (vous pouvez lire le contenu du message en cliquant sur l’image ci-dessus), je n’ai pas trouvé de trace sur leur site à part des documents concernant l’utilisation de cette connexion .
Cette fermeture marquera la fin d’une époque, celle des debuts d’internet et des accès distants par telnet qui eux, ont remplacé l’utilisation des bases de données sur bandes magnetiques, sur disquettes puis sur CD-ROMs.
Pour retracer cette histoire, nous avons cherché dans les archives de la revue Info-Ci (actuellement appellée « i-ci« ) de l’Unil, les articles qui ont marqué ces passages (vous pouvez les consulter en format pdf derrier chaque lien) :
- septembre 1994 : MEDLINE consultable sur un serveur local UNIX « Eliot » par VT-100 (coté serveur le logiciel « OVID » de la société CD-PLUS, coté client possibilité d’utiliser un émulateur comme 5PM) [Info-Ci no 31, p. 7-8]
- septembre 1994 : le WWW arrive à l’Unil (3100 serveurs dans le monde consultables depuis l’Unil avec le navigateur Mosaic) [Info-Ci no 31, p. 11-13]
- décembre 1995 : La base de données PsycLIT est ajouté aux bases disponibles sur OVID (MEDLINE et Current-Contents) [Info-Ci no 31, p. 11-13]
- septembre 1997 : WebOvid sur le serveur de l’Unil (coexistence de l’interface web de recherche et de l’accès par VT-100 sur le serveur Eliot) [Info-Ci no 40, p. 10-11]
- mars 2002 : fin du serveur local Eliot et début de la recherche sur www.ovid.com (possibilité de connexion par VT-100 sur ovid.com) [Info-Ci no 49, p. 4-5]
- juin 2006 : fin de la connexion à OVID par VT-100 (le web reste la seule l’interface disponnible) [voir le mail d'OVID]
Voilà, c’est la disparition d’une espèce de connexion que j’ai eu le plaisir d’utiliser pendant quelques mois, très rapide et fiable mais aussi infiniment plus austère que le www et peu convivial… un monde sans liens hypertexte, monochrome, sans images et fait des raccourcis clavier (très bons pour la santé du dos et de la poignée il paraît)
Cependant, comme on peut avoir la nostalgie de trains à vapeur, des vinyles, des incunables… on a aussi le droit de garder une certaine nostalgie de telnet et de cette mode d’utilisation des bases de données, monde dans lequel le bibliothécaire était encore un élément indispensable pour arriver à la connaissance qui se cachait dans ces bases de données, derrière des manipulations et des raccourcis de clavier assez obscurs pour le commun des chercheurs.
L’annonce de cette fin m’a poussé à rechercher les anciens modes d’emploi sur OVID VT-100 (merci à Anne pour garder ces rares exemplaires) et j’ai pu me connecter à nouveau dans ce monde pendant quelques instants.
Je dois vous avouer que j’ai eu un grand plaisir à me replonger dans cet univers fait avec des simples caractères blancs sur fond noir, quel joie de pouvoir chercher sur MEDLINE les articles concernant les blogs et les wikis dans cet mode de connexion qui parait maintenant antédiluvien!!
J’espère que ces belles captures d’écran pourront témoigner de la fin de l’époque des ancêtres de la recherche sur les bases de données avant le monopole du WWW. Pour permettre une comparaison un peu plus objective aux générations futures, voici quelques images de l’interface web actuelle, bien plus joli mais un peu plus lente par moments
Je me rend compte que comme les écologistes, je regrette la disparition d’une espèce, même si elle est informatique… C’est peut-être le moment de commencer à lutter pour la « cyberdiversité ». Alors, pourquoi pas une « Wild Cyberlife Fund » pour défendre cette diversité ?
Vous parcourez actuellement les archives pour la catégorie Perspective.

