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Un autre regard sur la Bibliothèque Universitaire de Médecine de Lausanne

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Zapping et bibliothèques numériques

Il y a des soirées où les frontières s’estompent et la démarcation entre vie professionnelle et vie quotidienne à domicile disparaît sans que l’on s’y attende. Hier, la soirée a donc débuté vers 19 heures à l’EPFL, autour d’une rencontre organisée par le GRBV sur le thème de l’avenir des bibliothèques face à la dématérialisation des supports et à l’utilisation croissante d’Internet comme source d’information.

La présentation de David Aymonin, directeur de l’information scientifique à l’EPFL, a clairement défini les risques, les défis, tout en mettant en évidence les opportunités que représente pour les bibliothèques l’explosion du numérique.

Bien sûr les bibliothèques risquent d’être dissoutes dans le grand océan numérique. La massification de l’électronique fait planer une ombre sur leur avenir. Les bibliothèques peuvent se sentir déstabilisées, démunies devant la nouvelle granularité des ressources documentaires. Les livres, fascicules de périodiques sont atomisés et les utilisateurs recherchent des paragraphes, des valeurs, des mots, des tableaux, des images, plus que des références. Quelles mutations les bibliothèques doivent elles alors opérer afin de capturer, recenser, valoriser toutes ces particules qui flottent dans le vent ?
Mais le numérique présente bien évidemment des opportunités pour les bibliothèques.

Celles évoquées par David Aymonin (un problème de gestion de temps m’a forcée à zapper l’intervention suivante) reposent sur un principe simple : faire bouger les frontières, décloisonner. Les étudiants sont multitâches (ils révisent leurs cours tout en mangeant avec leur casque MP3 sur la tête), très bien, alors les bibliothèques doivent être multifonctionnelles et présenter en un lieu non pas un espace uniforme, mais des espaces variés, qui répondent à la diversité des besoins des utilisateurs (manger, discuter, se relaxer, se concentrer, jouer).

Le projet du Rolex Learning Center de l’EPFL se construit autour de trois fonctions symboliques : cocon, réservoir, école. Le concept architectural du bureau Sanaa a parfaitement su comment intégrer ces différentes fonctions. L’aménagement intérieur fait cohabiter les espaces. Il y a pas de murs, pas de cloisons, pas de séparation physique entre les espaces. C’est la distance (le learning center aura la surface de 2 terrains de football) et la déclinaison des sols qui permettra de délimiter et d’isoler les « zones bruit » des « zones silence ». Les bibliothèques doivent non seulement abattre les murs, mais faire bouger les frontières et accompagner les nouvelles pratiques culturelles et informationnelles. Quelques exemples concrets pour illustrer cette vision : les bibliothèques ne sont plus seulement des lieux de consultation d’informations, mais des lieux de production d’informations, donc les services offerts doivent participer à et aider à cette production. Une autre piste : tout en maintenant un système de prêt de documents (qui devraient grandement évoluer avec les systèmes RFID), les bibliothèques peuvent également devenir des lieux officiels de « bookcrossing« . Il y a là matière à beaucoup de créativité et de renouveau.

De retour à la maison, le cerveau plein de ces visions d’avenir, les images télévisées de guerre et de paix semblaient d’une actualité hors du temps, lorsqu’au cours d’un moment de zapping frénétique, l’image familière de la BCU Lausanne a surgi sur l’écran.

Dans l’émission de SF1, 10vor10 (mais il était en fait 22h 10), il était question des bibliothèques numériques et de Google. En quelques secondes, Marie Christine Doffey, directrice de la Bibliothèque Nationale Suisse, rappelait qu’il n’était peut être pas nécessaire et économiquement rentable de tout numériser. Toutefois les chariots en préparation à Dorigny pour être avalés par Google dans un lieu tenu secret venaient en contre-point de cette affirmation. Les paroles rassurantes (traduites en allemand) de Hubert Villard, directeur de la BCU Lausanne, concluaient sur le fait que la bibliothèque avait une copie des fichiers issus de la numérisation des livres et que Google pouvait bien disparaître, la bibliothèque serait toujours là pour archiver ces fichiers !

Google et les bibliothèques, une histoire qui se prolongeait tard dans cette soirée… Ce matin en voulant revoir le reportage complet sur le site de SF1, un message troublant nous rappelait la fragilité de ces supports « Aus technischen Gründen ist dieser Beitrag zur Zeit nicht als Viedeostream verfügbar. Wir bitten sie um Verständnis. »

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